L’objectif du microcrédit est de favoriser l’initiative personnelle des exclus du circuit bancaire traditionnel. Le microcrédit finance les projets de développement d’une entreprise, d’investissements qui permettent d’obtenir un revenu. On prête à quelqu’un qui va faire fructifier l’argent, et qui sera en état de rembourser. C’est sans aucun doute à mon avis la meilleure aide que l’on puisse faire à quelqu’un : on lui permet de se prendre en charge, on lui donne les moyens de se créer son propre revenu.
Mais aujourd’hui, il existe un obstacle de taille à l’octroi des microcrédits : la solvabilité du demandeur de crédit. Comment vérifier qu’une personne demandeuse de crédit est sérieuse ? Comment vérifier qu’elle va véritablement s’investir dans son projet ?
L’ADIE, microcrédit en France
L’ADIE, association pour le droit à l’initiative économique, fait des microcrédits en France pour les chômeurs, bénéficiaires du RSA et ainsi de suite, pour ceux qui justement veulent créer leur propre emploi. Mais l’ADIE, ne pouvant se baser sur les garanties habituelles des banques pour donner sa décision d’octroi de prêt, doit passer par d’autres critères que le classique CDI : le demandeur devra fournir beaucoup d’informations personnelles, passer des entretiens, avoir des personnes qui peuvent témoigner en votre faveur, voir qui se portent garantes ! Bref, chaque dossier fera l’objet d’une profonde étude, ce qui empêche l’ADIE de pouvoir octroyer de nombreux microcrédits. En tout cas, pas dans une proportion qui puisse véritablement faire la différence en France : 2100 microcrédits en Île de France pour l’année 2008.
Pôle emploi et le microcrédit de l’ADIE
Il est bon de noter que Pôle emploi et l’ADIE vont proposer 10000 microcrédits personnels pour l’emploi pour les trois prochaines années. Expérimenté par l’ADIE depuis 2006, avec un plafond maximal de 3000 euros, ce microcrédit permet de financer un permis de conduire ou la réparation d’une voiture par exemple.
Toutes ces initiatives sont donc limitées par la difficulté à déterminer de la bonne foi et de la solvabilité du demandeur de crédit. L’ADIE pratique de plus un taux d’intérêts tout ce qu’il y a de plus normal, comme une banque classique : ce n’est pas de la charité.
Le fichier positif
Le fichier positif, qui inscrit tous les crédits d’une personne, permet aux banques et autres organismes prêteurs de connaître la situation du demandeur de crédit. D’un seul coup d’œil, il devient très simple de voir si le demandeur de crédit n’a pas eu d’incident bancaire, s’il a toujours remboursé ses emprunts, s’il n’est pas déjà dans une situation de surendettement. Ce fichier donne une très bonne garantie sur le profil du demandeur de crédit.
Un tel fichier, sécurisé pour qu’il ne soit pas utilisé à d’autres fins que le cadre strict de l’octroi de crédit (démarchages publicitaires, refus de location d’un logement…) est un très important facteur de facilitation d’octroi de prêts bancaires. Il devient d’un seul coup beaucoup plus aisé d’obtenir un crédit ! Actuellement, il est estimé que 40% de la population française n’a pas accès au crédit classique. C’est énorme, mais la France rechigne toujours à la création d’un tel fichier. Nous l’avons vu sur mon article dédié au fichier positif, la France est encore en train de débattre l’adoption éventuelle d’un tel fichier, devant faire face à la désinformation, au lobbying de certaines banques et à la peur de la perte de confidentialité…
Faire baisser les taux d’intérêts grâce au fichier positif ?
On le voit, un « fichier central du risque », ou « fichier positif » possède beaucoup d’avantages. Il existe des entreprises et des associations qui ont tout intérêt à ce qu’un tel fichier existe. En premier lieu, les banques étrangères et autres organismes du crédit : elles auraient accès à un fichier qui leur permet de façon immédiate de cibler un demandeur de crédit, et d’accorder, ou pas, le crédit. Les banques françaises n’ont en général pas besoin du fichier positif : elles se sont constituées elles mêmes de tels fichiers en interne. En effet, le paysage bancaire français est constitué de très peu de banques, qui ont la main sur la plupart des établissements financiers. Il est facile pour elles de déterminer un profil d’un demandeur de crédit, ne voyant pas d’un bon œil un fichier qui permettrait à la concurrence d’arriver sur leur chasse gardée, la France, avec pour conséquence immédiate, une baisse des taux d’intérêts, ce qui serait profitable pour tout le monde ! Hormis bien sûr les actionnaires des grandes banques françaises, comme le Crédit Agricole, BNP Paribas…
Experian et PlanetFinance

Experian
Experian est une société spécialisée en gestion du risque et lutte contre la fraude. En clair : elle créé et gère des fichiers positifs. Elle peut le faire à titre privé, pour le compte d’entreprises, ou à titre public, pour le compte de l’état, suivant des règles qui lui sont imposées par le demandeur du fichier. Experian a tout intérêt à ce que le fichier positif soit adopté en France : la société serait sans doute un partenaire de premier choix pour l’état français, au vu de son expertise technique et de son expérience.
J’ai pu parler longuement à un chargé des relations institutionnelles d’Experian, qui a gentiment répondu à toutes mes questions, et qui, bien sûr, a bien vendu son bout de gras :)
Experian est donc une société privée étrangère, implantée dans de nombreux pays, gérant déjà des fichiers positifs. C’est une question sensible que de donner des données sur les crédits de toute la population française à une société de droit privé, étrangère qui plus est. Même si les garanties légales sont données, il est toujours compliqué pour l’imaginaire collectif français de donner accès à ses données, d’où les difficultés rencontrées actuellement pour établir le fichier positif. Il faut savoir qu’actuellement, un projet d’étude du fichier positif par le sénat va durer 3 ans. Il faut ensuite compter un an pour voter le projet de loi, puis encore un an ou deux pour enfin mettre en œuvre le fichier positif : nous avons donc, si on ne perd pas de temps, un délai de 5 à 6 ans minimum pour enfin voir un fichier central du risque en France, le fichier positif. C’est beaucoup trop long, nous parlons de 6 ans de surendettés supplémentaires ! Oui, je suis un peu démago, mais 6 ans pour mettre en place un fichier, pour plus compliqué qu’il soit, faut avouer que c’est beaucoup.
Il existe des alternatives à Experian, pour la mise en œuvre du fichier positif : la concurrence est là. La Banque de France elle-même est un concurrent, c’est déjà elle qui gère les FICP, FCC et ses autres fichiers. Problème : ces fichiers sont bien gérés par la BdF, mais ils ne sont pas « performants » : le FCC n’est par exemple que mis à jour tout les 3 mois. Il s’agit d’ailleurs d’un point de la réforme du crédit voulue par Christine Lagarde, l’amélioration des fichiers négatifs déjà existants.
PlanetFinance est une société de microfinance fondée par le bien connu Jacques Attali. Elle vient en aide aux différentes institutions de microfinance dans le monde, accordant des microcrédits qui permettent ainsi aux plus démunis d’avoir accès aux services financiers. En 2007, PlanetFinance a passé un accord avec Experian, afin de s’entraider pour promouvoir dans les différents pays où PlanetFinance travaille, le fichier positif. Nous l’avons vu, le fichier positif permet aux institutions financières d’obtenir des informations fiables sur les demandeurs de crédit, leur permettant d’accorder des crédits suivant le profil de chacun.

PlaNet Finance
C’est une initiative louable, je trouve. Nous savons bien qu’Experian, ni même PlanetFinance, sont des institutions de charité, mais c’est justement pour ça que ça marche ! Si tout le monde y gagne, le service est pérenne, de plus en plus de microcrédits sont accordés et de plus en plus de personnes pourront se donner les moyens de sortir de la misère, ou au moins, améliorer ses conditions de vie.
Autres articles du crédit relatifs
Tags: banque, emploi, emprunt, entreprise, FCC, FICP, loi, micro credit, pret, RSA, surendettement
Cet article a été publié le 3 novembre 2009 à 2:59.
Vous pouvez suivre les réponses avec le flux RSS 2.0.